Quand les pros (re)font vivre les livres

Selon une enquête du SNE parue en 2020, 26 300 tonnes de livres sont pilonnées chaque année. Un chiffre important, qui pose de plus en plus question, à mesure que la diminution des ressources s’impose dans les consciences. Chez les professionnel·les, de nombreuses idées naissent de toutes parts pour limiter, voire éviter le recours à cette mesure de destruction massive.

Photo de pile de livres
"[RETOUR SUR...] Pilon or not pilon ? Les secrets de la gestion des stocks révélés !" / Mobilis

En 2020, une journée de rencontres virtuelles organisée par le pôle de coopération des acteurs du livre en Pays de la Loire, Mobilis, a permis de répondre aux questions des éditeurs et éditrices, et d’éclairer des problématiques telles que la gestion des stocks, le surstockage, la notion de livres défectueux… à travers les interventions d’un consultant, d’une structure de diffusion et d’une comptable. 

Gayané Zavatto, Georgia Froman et Baptiste Lanaspeze.
"Wildproject, la révolution écologique en 100 titres" / ArL Provence-Alpes-Côte d'Azur

Les éditions Wildproject, à Marseille, qui axent leur réflexion sur lécologie populaire, ont multiplié les actions autour de la revente d’invendus : « Pour réduire au maximum le pilon (moins de 2 % des ouvrages imprimés), des opérations de vente à prix réduit “Sauvés du pilon” ont été mises en place. Inspirées par un confrère, Rue de léchiquier, elles sappuient sur la récupération des ouvrages défraîchis. »

Photo d'un stand de livres éditions du Ricochet
"Livre jeunesse et écologie : l'exemple des éditions du Ricochet" / ArL Provence-Alpes-Côte d'Azur

La rénovation, au même titre que le reconditionnement des appareils électroniques ou électroménagers, apparaît aussi comme une alternative au pilonnage. Installées dans le Var, les éditions Ricochet comptent parmi les rares à avoir adopté cette pratique : « Nous rénovons nos livres défectueux, les retours des invendus en librairie et les remettons dans le circuit. Cest un service qui passe par un sous-traitant et qui coûte un certain prix. »

Photo d'Yves Mestrallet et Christine Morault
"Pas de pilon pour les livres chez les éditions MeMo" / Mobilis

À Nantes, la maison d’édition MeMo concède que sa « politique de non-pilon est une aberration en termes de gestion, extrêmement coûteuse pour une petite structure comme [MeMo]. » Cette volonté de ne pas détruire les ouvrages, quoiqu’il en coûte, se justifie par le souci de « faire vivre des livres sur le temps long et (…) de maintenir en vie tout le catalogue. » Pour éviter le pilon, la maison offre aussi une seconde vie à ses livres retournés, en les donnant à des associations ou des publics empêchés.  

Photo de plein de livres empilés
"Mars 2017 - Recyclivre et Mobilis : le début d'une aventure" / Mobilis

Le don est également la solution choisie par de nombreuses bibliothèques, à l’heure du désherbage. En Pays de la Loire, une vingtaine d’entre elles ont choisi de donner leurs livres à lentreprise dutilité sociale Recyclivre, en indiquant Mobilis comme destinataire de la réversion. Les sommes collectées dans le cadre de ce partenariat abondent un petit fonds de dotation qui permet de soutenir des projets en faveur du livre et de la lecture dans la région. 

Ecrit en bleu sur un fond beige : MONSIEUR REVE Bibliothérapeute, diplômé en Livrologie Consultant en Lecturophilie Du Mardi au Samedi de 10h à 19h30
"[Questions à…] Michaël Feron, gérant du Rêve de l’Escalier à Rouen" / Perluète, Normandie Livre & Lecture

Autre exemple de destination sociale des livres réchappés du pilon : en Normandie, la librairie d’occasion Le Rêve de l’escalier a imaginé un système « de livres en attente », sur le modèle des « cafés en attente » : « On paie un livre pour quelqu’un d’autre qui n’a pas les moyens de se l’offrir », explique Michaël Feron, le gérant.